L'impasse sémantique du terme de féminisme

« Les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde. » (Ludwig Wittgenstein, Tractatus Logico-Philosophicus, proposition 5.6).
Toute action révolutionnaire féconde commence par la domination intellectuelle de l'espace public, laquelle implique la maîtrise de son propre lexique.
Sur ce terrain, la lutte ne s'exerce pas par la force brute, mais par la subversion ou la remise en ordre du monde par la confiscation et l'imposition du vocabulaire : ce balancier sémantique, de confiscation et d'imposition, est une des conditions de réussite de la prise de pouvoir.
Lorsque nous empruntons les mots de l'adversaire pour définir nos propres concepts, nous acceptons de calquer les logiques de notre pensée sur celles d'un ennemi politique et doctrinal. Les conséquences sur notre action sont immédiates, puisqu'elle se trouve inextricablement prisonnière de la diminution de notre pensée.
Il est d'usage depuis quelques années, de vouloir réinvestir le terme de « féminisme » pour y coller une étiquette identitaire voire même nationaliste.
Il s'agit pourtant d'une impasse.
Le terme de « féminisme » s'est imposé dans le discours public en France à la fin du XIX ème siècle, sous la plume d'Hubertine Auclert, puis de Maria Derasimes, organisatrice du premier banquet féministe du 11 juillet 1870, et d'Eugénie Potonié-Pierre qui appelait à la création de la « Fédération française des sociétés féministes » (1).
La genèse du féminisme démontre qu'il est la sœur jumelle du socialisme et que ses racines philosophiques remontent aux idées des Lumières (cf. Olympe de Gouges), source de l'égalitarisme et de l'individualisme.
Le féminisme peut ainsi être défini comme l'application des idées de 1789 à la gent féminine.
Le combat féministe est donc, par nature, opposé au combat nationaliste, lequel est né dans la contre-révolution.
Néanmoins, d'aucuns pourraient objecter que le terme de « socialisme » fut en son temps revendiqué par une fraction du camp nationaliste, et singulièrement sous la plume de Drumont qui inventa l'expression de socialisme-national. De là, d'aucuns pourraient affirmer loisible de s'approprier, dans une même logique, le terme de « féminisme ».
D'ailleurs, la collaboration – anecdotique – d'Hubertine Auclert à La Libre Parole en 1894 — organe dirigé par Édouard Drumont, père du nationalisme aux côtés de Maurras et Barrès — démontre que les pères de la doctrine nationale n'étaient pas sourds aux questions relatives à l'épanouissement de la féminité (2).
Deux constats permettent de répondre à cette objection :
En premier lieu, une distinction fondamentale s'impose : si le vocable de socialisme a pu être ainsi recueilli, c'est parce qu'il embrasse la société dans son entièreté, là où le féminisme ne s'attache qu'à une fraction du corps social.
Or, si l'on peut admettre que la communauté sociale possède des droits sur les individus qui la composent, on ne saurait concevoir que les femmes détiennent des droits sur la communauté sociale. Bien au contraire, c'est à la communauté qu'il appartient d'exercer ses droits sur les femmes – comme sur les hommes.
En effet, le nationalisme adopte une vision organique et intégrale qui conçoit la société dans son entièreté comme un tout cohérent, tandis que le féminisme impose une lecture atomiste du monde qui segmente le corps social en intérêts de groupe. En érigeant la femme en une catégorie politique d'opposition, le féminisme brise l'unité organique de la Nation, la niant en tentant de la limiter à la somme de ses parties.
La hiérarchie des devoirs est la condition même de l'ordre, ainsi que l'énonçait le Maréchal Pétain dans le premier principe de la Communauté : « L'homme tient de la nature ses droits fondamentaux. Mais ils ne lui sont garantis que par les communautés qui l'entourent : la Famille qui l'élève, la Profession qui le nourrit, la Nation qui le protège. »
En second lieu, si Édouard Drumont avait généré l'expression de socialisme-national, force est de constater qu'aucune expression similaire n'a été inventée concernant le féminisme ; ainsi, on ne nous parle pas de féminisme-national, mais de « féminisme de droite », ou encore de « féminisme identitaire ».
Et pour cause, le féminisme ne parvient pas à s'accommoder avec le nationalisme. Tout au plus, le féminisme peut-il se ranger au service de la faction conservatrice du système en place. Or, le nationalisme est révolutionnaire : son ambition n'est point de s'accommoder mais de s'extraire du cadre imposé.
L'adoption du terme de féminisme conduit à la soumission au calendrier adverse au lieu de correspondre à l'agenda de la restauration nationale ; nous l'avons vu récemment avec les prises de position des féministes de droite qui ont brûlé les portraits des autorités iraniennes au nom du « droit des femmes », se condamnant ainsi à ne rester que les auxiliaires d'un système mondialiste qu'elles prétendent combattre.
Ainsi, en lieu et place du terme de féminisme, nous préférons nous ranger derrière le vocable de nationalisme. En effet, le nationalisme est l'expression de toutes les forces qui composent une nation et qui s'opposent à sa mort et à sa destruction : il inclut par principe la protection des femmes et apporte les réponses métaphysiques et politiques nécessaires à l'épanouissement de la féminité au sein du corps social.
Dès lors, nous n'avons nul besoin des artifices du « féminisme de droite » pour dénoncer les méfaits de l'immigration ou le délitement de la sécurité : ces combats ne sont que des manifestations nécessaires du combat pour la Nation. Mieux encore, ils sont transcendés par une vision organique bien plus vaste, qui replace la femme dans sa vocation et sa dignité sociale, loin de l'impasse de l'esprit revendicateur et partisan.
Le carcan idéologique du féminisme doit être dénoncé sans réserve, tout comme l'esprit utilitariste qui pousse notre camp à s'en approprier les débris.
L'avenir des femmes françaises est dans le nationalisme.
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Les Caryatides
1. Offen
Karen. Sur l'origine des mots « féminisme » et « féministe ».
In: Revue d'histoire moderne et contemporaine, tome 34 N°3,
Juillet-septembre 1987. pp. 492-496;
2. Dans son article du 10 septembre 1894,
intitulé « Les droits des femmes » et paru dans la Libre
Parole, Auclert interpellait ainsi ses contemporains : « Pourquoi
la France républicaine resterait-elle, relativement aux femmes, en
arrière de la France monarchique ? »